MAG 6
du COULOIR MUSICAL
de Jean Renoir jr
CHARLES BROWN - "JUST A
LUCKY SO AND SO" :
LE BLUES INCURABLE DUN PIONNIER.
CHARLES BROWN - "JUST A LUCKY SO
AND SO"- BULLSEYE BLUES IMPORTATION * ROUNDER *
«Le Los Angeles de 1945 était totalement différent de celui proclamé par les médias contemporains». Ainsi débute la longue missive naturelle du présent compact, comme pour faire le lien du début fulgurant de Charles Brown mais qui sest estompé, non pas par manque de talent mais par absence de fermeté et souplesse face à la compétition.
Cette nonchalance langoureuse que lon retrouve dans cette musique particulièrement colorée quest le « Soft Blues », est issue du début du 20ième siècle. Charles Brown a su en exciser les principales composantes et sculpter son propre style dont le résultat na guère tardé à se faire source pure dinspiration, et ce, dès 1945. Plusieurs sen inspirent en passant par Ray Charles jusquà Elvis Presley.
Ce chanteur, pianiste, né au Texas en 1920, se fait accompagner du saxophoniste ténor, Clifford Solomon et de lhabile guitariste Danny Caron. En prime, sur quelques plages, le support du Wardell And The Crescent City Horn et The New Orleans Strings.
Létendu de cette production mesure 50 années. On passe du simple solo dun dimanche bleu aux folles nuits jazz du samedi soir avec tout ce que ça implique.
Dès la première écoute, il est étonnant de retrouver des ressemblances, du déjà vu. Oui, bien sûr, il en fut la source de ce déjà vu. Vraiment étonnant de pouvoir en apprécier tous les détails en connaissance de cause.
Ce qui émane de cette merveilleuse production, est la parfaite maîtrise du « Soul » dun timbre de voix qui na guère changé. Charles Brown en est à son 74ième hivers.La pièce maîtresse de lalbum « Driftin Blues » nous emmène directement à proximité dun saloon intime à la Nouvelle Orléans. Les pièces marquantes de ce jeux de dix plages sont sans contredit les « Soft-Cocktails » tel que le parfait solo « One Never Knows », le très découpé « I Wont Cry Anymore », «Black Night» qui atteint un paroxysme toujours soft, pour rejoindre lautre côté de la vague avec « Gloomy Sunday » et achève avec « So Long », phase terminale du compact.
Que doit-on sattendre de quelquun qui maîtrise son art avec un tel doigté quil est impossible dy déceler une seule faille, ne serais-ce quun manque de «surprise ». Tel un spectacle dAndré-Philippe Gagnon : On assiste à Gagnon pour ses imitations, sans limites; il en est le maître incontesté. On regarde La Ptit vie pour sévader à même la légèreté volontaire des histoires de « Môma pis Pôpa », ou même Michel Courtemanche, linternational, quand même sans surprise. Ce parallèle avec des comédiens du Québec, nous rapprochent du travail irréprochable de ces artistes fournissant toujours le maximum dans tout ce quils présentent, afin den raffiner les moindres pourtours. On les apprécie pour ce quils sont, même sil ny a aucune surprise.
Charles Brown est sans surprise. Il est ce quil est. Détail non négligeable, il fut à lorigine de la multiplication des « Night Blues » partout sur le globe et a probablement influencé la grande majorité des noms connus daujourdhui, au-delà du Blues, sans même sen rendre compte.
Être pionnier veut souvent dire passer dans lombre des interprètes, concevoir une pureté qui sera remanié à chaque époque et dont la source sera peut-être floue, ou même oubliée. Devient-on pionnier volontairement, par vocation ou est-ce prédestiné ?
Ce compact ne révolutionnera certes pas lère du blues 1994 et ne brisera sans doute aucun record de vente et pourtant... Peut-être redonnera-t-il une direction viable à lenvironnement « Cristal Blues » de notre temps. Qui sait !CHARLES BROWN - "JUST A LUCKY SO AND SO"- BULLSEYE BLUES IMPORTATION * ROUNDER *
| 05-03-2006 | Copyright © 1994-2006 JEAN RENOIR JR - MONTRÉAL, QC |