MAG 6
du COULOIR MUSICAL
de Jean Renoir jr
BUD POWELL - "STRICTLY
CONFIDENTIAL" :
Un homme et son mystère. Le pianiste gourou
devenu mendiant.
BUD POWELL - " STRICTLY
CONFIDENTIAL " - BLACK LION IMPORTATION * D A MUSIC*
Parallèle au génie de Charlie Parker, Bud Powell, pianiste, compositeur et arrangeur américain, remit sur les feux de la rampe un concept cher à Earl Hines, maître spirituel de la majorité des pianistes jazz : Il développa jusqu'à leur limite l'exubérance harmonique et la pesanteur horizontale. Les disques les plus admirables ont été gravés entre 1949 et 1951 pour l'étiquette Blue Note et plus particulièrement pour Normand Granz. Ces reliques sont aujourd'hui introuvables. Comme certains se plaisent à indiquer, les meilleurs enregistrements de Powell se situent au sud de 1956 et pourtant.
Le refus de la facilité, la recherche constante de la perfection et l'originalité de ses lignes sinueuses ont peut-être conduit ce géant à un total abandon de sa propre personnalité voire même de sa propre vie. Comme habité par une force inconnue, on pourrait penser que la folie guète les génies.
La source de son inspiration remontte à Billy Kyle, Art Tatum et Thelonious Monk. Toujours au bord de la rupture, il a su développer son propre style cherchant à faire reculer ses propres limites. Ce qui l'a vraisemblablement mené à plusieurs dépressions majeures et sévères. Tout au long de sa carrière, si brève (1942-1966), il n'a vécu que pour le renouveau du jazz. Il a su rompre avec le jazz traditionnel laisser en héritage par ses prédécesseurs et apporter des éléments novateurs qui servirons à ses disciples tel Oscar Peterson, Horace Silver, Bill Evans, Barry Harris, McCoy Tyner, Tommy Flanagan, Hank Jones... pour n'en citer que quelques-uns.
C'est en 1947 qu'il enregistre sous son nom pour la toute première fois. Dès ce moment et jusqu'à la fin des années 1950, il déambule sporadiquement dans les clubs de New York comme principal musicien et souvent en trio. L'année 1956 marquera sa première apparition en Europe dans le cadre d'une tournée de grands noms.Le nom de Francis Paudras, fan inconditionnel du pianiste délirant, sera en quelque sorte sa bouée de sauvetage vers la fin de sa vie. En fait, à compter de 1962, cet amateur passionné deviendra le garde moral et physique désormais en chute libre.
Il deviendra pour ainsi dire le seul ami du compositeur dont on pourra facilement déceler une sincérité à fleur de peau. Le présent compact réalisé grâce à la brillante manie de conservation de la part de Paudras, nous apparaît comme étant un "Joyau caché, classé ou carrément oublié sur une tablette. L'enregistrement à l'appartement de Paris et la très grande passion de deux êtres pour la pureté de la créativité vierge nous apporte un son Powell déjà vu. Une manière de confirmer que les meilleurs enregistrements ne furent pas seulement produits avant 1956.
Ces enregistrements simples, dénotent la dextérité, l'expérience et l'obstination de l'artiste à nous démontrer, par tous les moyens restants à sa disposition, sa fidélité pour ce que fut l'amour de sa vie. S'il avait été un peinte, même sur son lit de mort il aurait demandé de nouveaux canvas.
En tant que pianiste, cette production, l'un des rares solos confidentiels, nous démontre que le grand Bud Powell a bel et bien décortiqué les trous noirs de sa vie. Il a donc sciemment prévilégié Francis Paudras afin qu'il puisse rendre public, en temps voulu, ses émotions alors secrètes.
Mais qu'en est-il de ses désarrois ? Peut-être saurez-vous découvrir la subtilité des différents paliers après quelques écoutes du "Strictly Confidential".
Prérogative de DA Music, la maison qui distribue le produit : Présenter une pléiade de trésors cachés ou simplement oubliés. Par exemple ce C.D. compte onze plages et toutes sont importantes. On entend même Paudras participer aux rythmes. DA Music nous en fait voir de toutes les couleurs ! On nous présentait récemment une collection de Jazz Britannique dont les étiquettes spécialisées peuvent en être jalouses. Et que dire des merveilleux coffrets pour Noël ? Dès la première écoute, toute l'innocence d'une jeunesse lointaine rejaillit et un peu comme "Quelques part dans le temps" on aimerait bien y demeurer. C'est peut-être ça vivre et mourir pour une passion.
BUD POWELL - " STRICTLY CONFIDENTIAL " - BLACK LION IMPORTATION * D A MUSIC*
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